Lorsque j’ai commencé à créer ma suite "Selon Couperin", je me suis interdit, en premier lieu, d’écouter la musique de François Couperin car j’ai voulu travailler uniquement à partir de titres donnés par le musicien pour ses pièces de clavecin. J’ai souhaité visualiser quelque chose que je n’avais pas encore entendu.
J’ai rapidement compris que l’énergie produite par ces titres serait plus puissante si je n’avais aucune idée de la musique qui se cachait derrière eux. Je m’octroyerai donc la permission d’écouter ses pièces seulement après avoir achevé la série.
Toutes sortes de motifs spontanés apparaissent, certes, et un peintre peut aussi bien créer sans aucun thème. Toutefois, j’ai voulu entrer en contact avec Couperin à l’aide de ses titres. J’ai rêvé d’une espèce "d’auberge espagnole" entre le clavecin et le chevalet. J’ai été particulièrement stimulé par le fait que quelqu’un ait déjà utilisé ces titres en vue de transformer l’énergie verbale en musique.
J’ai souhaité exploiter cette même énergie. Malgré l’emploi de titres déjà utilisés, je n’ai pas le sentiment d’avoir appauvri mes propres possibilités. Bien au contraire…
Je vais pouvoir, encore une fois, utiliser tous mes jouets. Et le plus grand d’entre eux, c’est moi même!
Je souhaite que mon travail créateur soit de plus en plus une transmission d’énergie plutôt que reposer sur l’inspiration capricieuse. Transmission d’énergie, oui mais pas compris dans le sens magique, plutôt dans le sens rationnel car j’ai la conviction inébranlable que la quantité d’énergie est constante même dans le domaine artistique. On ne peut ni la diminuer, ni l’augmenter. Sa forme peut être transformée, transportée, renouvelée… L’énergie de mes oeuvres à venir est déjà quelque part même si moi, je suis encore "a plat".
Il se peut que la physique ne reconnaisse pas dans l’énergie certains phénomènes mélodieux ou poétiques. Elle parle plutôt de synesthésie, de synergie de sens. Mais une énergie renouvelable ne jaillit-elle pas de titres comme: "Les Linottes effarouchées", "La Fringuante", "Les Barricades mystérieuses", "L’Etincelante", "Les Folies françaises"…!
Hannu Väisänen